jeudi 24 septembre 2009

La responsabilité sociale de l'entraîneur

Je voudrais commencer cet article par vous souhaiter une bonne et heureuse nouvelle saison sportive qui se présente ambitieuse avec ses difficultés et défis à relever, mais prometteuse grâce aux efforts des entraîneurs dans l’amélioration de leur image et à la sensibilisation quant à leur rôle primordiale dans l’essor de tout sport en général et du basket-ball en particulier.

Aujourd’hui, tous les acteurs de la famille basket-ball, à part quelques dirigeants de club, s’accordent à reconnaître que le développement passe d’abord par une bonne formation des entraîneurs et l’amélioration de leur niveau de compétence.

Autant cela est vrai, autant est lourde la responsabilité que cela implique ! Les entraîneurs sont habitués à vivre notre vocation avec responsabilité, et ceci à plusieurs niveaux. Mais j’aimerai aujourd’hui vous parler de la responsabilité sociale pour reprendre un sujet de discussion de Joan Maria Gavalda, Président de l’AEEB.

Parmi les choses qui m’inquiètent chez les catégories de jeunes joueurs, et j’en ai souvent parlé lors de mes clinics et interventions avec les entraîneurs, c’est le grand nombre d'adolescents, entre 13 et 15 ans, qui abandonnent leur équipe et décident de quitter la pratique sportive.

Certes, les habitudes sportives de la jeunesse d’aujourd’hui ont changé, mais ce constat m'a fait réfléchir de manière très profonde sur ce sujet et m’a fait me souvenir des longues conversations que j'ai tenu avec certains entraîneurs, en particulier ceux qui le sont toute leur vie, ceux chez qui la volonté d’être un éducateur et un formateur prévaut sur celle d’être un compétiteur.

Ils sont pleinement conscients et convaincus que les courants sociaux ont changé le sport de compétition qui est devenu incontrôlable et instable. Ceci a produit des effets et des résultats tout à fait contraire à ceux que poursuit le sport.

Il n'y a plus de transmission de valeurs, mais plutôt une inertie négative.

Il est évident que les clubs et associations sportives suivent la mode et le modèle qu’impose la compétition avec l’intention principale de gagner ! gagner le match, le tournoi, le championnat ... C’est dans ce but que l’on s’entraîne, que l’on exige, que l’on se remet en question, que l’on offense et que l’on se frustre : Gagner à n’importe quel prix !

Où est la place du bon temps, du plaisir, du développement de notre corps, de se faire des amis, même avec ses adversaires ?

Non, tout ceci n'est ni présent ni représenté par le nouveau modèle établi ... à moins que l’on gagne toujours ! Nous subissons ce modèle sans réagir ! Les messages qui sont envoyés aux jeunes joueurs sont souvent abusifs, leur demandant d’essayer toujours et à tout moment d’être le meilleur, en leur vendant même l'espoir de devenir un jour professionnel, avec des exemples uniques et difficiles à reproduire. J’ai connu le cas d’un joueur qui croyait dur comme fer qu’il aller jouer en NBA avec Kobe Bryant ! Or, on oublie qu’ils sont jeunes, et que les jeunes d’aujourd’hui associent l’apprentissage avec le divertissement.

En cours de route sont abandonnés des heures études, de formation, de relations sociales, de divertissement et de jeu.

Nous savons tous ce qui va se produire. Ils ne peuvent pas être les meilleurs, et ils ne le seront sans doute jamais ! Ils ne pourront pas gagner leur vie comme millionnaire du sport. C’est frustrant, quelle déception ! « Pourquoi vais-je consacrer autant de temps à l’entraînement, aux matchs et aux défaites auxquelles je n’ai même pas participé : l’entraîneur ne fait jouer que les meilleurs de toutes façons ! mieux vaux laisser tomber »

Et ils laissent tomber ! Ils quittent en loser (perdant) avec un ressentiment de dégoût ou de haine, et au mieux d’indifférence envers le sport. On n’a pas su l’intéresser et lui faire aimer la pratique sportive.

Et voilà comment on perd un joueur et surtout un jeune homme en cours de route. Un joueur qui nous a coûté 5 à 7 ans de travail depuis le début de sa formation et qui nous quitte au moment où il aurait pu, suite à un déclic, commencer à produire. Un jeune homme éduqué et attaché aux valeurs sportives si importantes dans le développement de toute société.
Cependant, je suis pleinement convaincu que notre responsabilité en tant que entraîneur nous conduit à penser, réagir et corriger cette inertie négative. Je vous invite, chers collègues, à réfléchir sur vos modèles afin que nous montrons que les entraîneurs sont réellement impliqués dans l’amélioration des habitudes et le développement positif de nos jeunes.

Nous sommes les véritables acteurs de l'éducation et de la formation de nos joueurs et nous ne pouvons ni échapper ni refuser cette responsabilité.

dimanche 30 novembre 2008

Quel est le projet de votre Club

Quel est le projet de votre Club ?

C’est en lisant un article de M. Panodes qui se posait la même question que m’est venu l’idée de partager avec vous ses inquiétudes qui sont aussi les miennes.

Posez aujourd’hui cette question à certains responsables de Club (dirigeants ou responsables techniques) et vous serez sans aucun doute surpris de leur réponse.

« Gagner » et le mot qui reviens le plus. Gagner le championnat, gagner le maximum de matchs possibles pour assurer le maintien, etc.

Je me rappelle il y a quelques années quand j’ai posé la question et essayé d’y répondre en présentant un projet étalé sur 10 ans, on m’a pris pour un extraterrestre et on m’a remercié, certes gentiment, mais illico presto… « 10 ans ? mais qui nous garantie que nous serons encore là dans 5 ans ? On veut gagner et avoir des résultats si ce n’est pas cette année, l’année prochaine ! »
Mon projet était démesuré et j’ai commis la maladresse (que je ne regrette nullement) de citer dans mon introduction l’adage suivant : « Le bénévolat n’excuse pas l’incompétence ». Mon souci de tendre vers le professionnalisme a été mal compris et cela a dû gêner certains qui se sont reconnus dans l’adage, prouvant au passage sa pertinence, même si je ne visais personne en particulier.
Au fait, aujourd’hui, non seulement ils ont disparu de la scène sportive, mais pour gagner, il n’ont rien gagné !

Aujourd’hui, je me rappelle des longues discussions que j’ai eu souvent avec mon ami Mallé Séméga sur la philosophie sportive du Club, les valeurs de celui-ci, sur le fait qu’un Club doit essayer de conjuguer ses victoires avec son projet sportif.
Il y a quelques jours je parlais avec mon collègue Hachem Ouahidi (récemment nommé Directeur Technique du MAS) qui m’a semblé très motivé non seulement pour les résultats que peut réaliser son Club cette saison en D1, mais pour ce que peut faire le MAS dans les prochaines années, aussi bien l’équipe première que les équipes des catégories de formation.
Voici deux exemples différents dans leur approche et vision, mais identifiés par un seul et même mot qui devient de nos jours de plus en plus important dans le basket-ball moderne: Projet.

Je pense qu’un Club qui se respecte doit avoir un projet solide au niveau sportif, social et économique.

Un projet sportif dans toutes les diverses facettes du Club. Si, par exemple, la formation de base ne fonctionne pas, il sera impossible d’alimenter en joueurs l’équipe première. Or cela est indispensable et important pour créer un esprit Club et pour que les différents acteurs locaux et régionaux (supporters, collectivités locales, acteurs économiques, etc.) s’identifient avec le Club.

Un projet social qui s’intègre avec la cité, voir réponds à ses besoins, qui s’incorpore avec son entourage et s’associe avec ses entreprises.

Un projet économique réaliste, taillé au budget dont on dispose et adapté au projet sportif. Il n’est plus possible de continuer avec le modèle de gestion déficitaire à l’origine. Il a été démontré à plusieurs reprises que ce modèle peut éventuellement donner de bonnes années de basket-ball… mais n’est en aucun cas durable.

Développement durable doit être la devise des clubs sérieux, ambitieux et soucieux de contribuer à l’essor du basket-ball national.

Aujourd’hui le management sportif défends la théorie que les entraîneurs ne doivent plus se limiter à entraîner leur équipe, mais doivent être aussi capables de faire un plus pour le basket-ball. Il est par conséquent important de s’impliquer dans un projet qui développe les entités dans leurs formes sportives mais aussi organisationnelles. Les entraîneurs ont un rôle important pour transmettre ce message édificateur non seulement à leurs dirigeants, mais aussi au reste des jeunes entraîneurs qui se forment sous leur influence.

J’espère que le modèle « gagner pour gagner » disparaîtra progressivement pour laisser place à une variante beaucoup plus saine qui sera « croître pour gagner ».

Je pense que peu à peu l’évolution de la société, grâce notamment à une meilleure éducation sportive, finira par faire comprendre que le chemin à la victoire finale commence par une bonne structure sportive et organisationnelle, par la transmission des valeurs adéquates aux jeunes entraîneurs et joueurs et surtout par la nécessité d’une bonne gestion sportive gérée par les mains de ceux qui comprennent ces critères.

Nour Amri

dimanche 14 septembre 2008

Commentaires sur les changements de règles 2008

Le changement des règles reviennent cette saison ! En fait, seuls quelques unes sont applicables à partir d’Octobre 2008, le véritable changement surviendra en 2010 avec la zone rectangulaire et le tir à 3 points à 6,75 m. La raquette en forme de trapèze va disparaître ! Elle va nous manquez, car elle a marqué notre jeunesse : qui n’a de nous n’a pas joué à la bouteille ? Alors profitez-en et jouez avec vos jeunes joueurs et vos enfants à ce jeu qui va soit disparaître dans sa forme originale.

Vous trouverez sur le site www.ameb.ma un document résumant toutes les modifications du règlement 2008. Voici un résumé commenté de celle-ci :
1 : Les joueurs ne pourront plus mettre des t-shirt en dessous des tenues de jeu. Intéressant, mais pourquoi ? effort esthétique pour le spectacle ?
2 : Un joueur qui tombe au sol et qui tient le ballon pendant qu’il glisse ne commet pas de violation de « marché ». Je suppose que si il se relève, cela reste un « marché ». Dans tous les cas c’est un bon changement ! Cette violation était souvent sifflée contre un joueur qui lutte pour le ballon en se lançant au sol, et son effort d’agressivité défensive est sanctionné par un « marché » !
3 : Un joueur ne passe en zone avant que lorsque ses deux pieds ont touché la zone avant. C’est à dire que si un joueur a un pied devant et un pied derrière, il peut revenir en arrière sans que cela soit une violation de retour en zone.
4 : Ce n’est plus une violation de retour en zone si un joueur qui a sauté de la zone avant établit un nouveau control de balle alors qu’il est en l’air et retombe dans sa zone arrière. Ici, il faut qu’on m’explique !! Je pense que la clé est le mot « nouveau ». Cela veut dire que son équipe n’avait pas la possession de la balle ! ?? Le retour en zone est une des règles la moins comprise quant à quand est-ce que l’on a possession et quand est-ce que l’on n’a pas ! et maintenant on ajoute qu’un joueur peut prendre possession de la balle en l’air en sautant de ta zone… J’ai l’impression que même les arbitres ne vont pas comprendre ce changement !
5 : Toutes fautes qui se fait par derrière ou par le côté d’un joueur sera considéré comme une faute antisportive. C’est comme le football, non ? Ce qui me dérange ici c’est que la difficulté supplémentaire pour les arbitres qui doivent décider si le joueur qui progresse n’avait pas de défenseur entre le panier et lui-même.
6 : Un joueur qui bougent et utilise excessivement les coudes, même s’il ne touche personne, peut être sanctionné par une faute technique. Il peut, ou il doit ? s’il peut être sanctionné, il peut aussi ne pas être sanctionné !! Mama Mia ! heureusement que je ne suis pas arbitre ! encore plus de choses à la libre interprétation de l’arbitre ? Il n’y en avait pas assez déjà pour en rajouter?

Bonne saison,

jeudi 4 septembre 2008

A propos de la finale olympique : Le match du siècle !

« Jamais l’argent n’avait autant le goût de l’Or », titrait les journaux espagnols après la défaite de leur équipe lors de la finale olympique de Pékin.

« Le match du siècle », titrait les journaux américains qui reconnaissent que ce fut le meilleur et le plus difficile match de l’histoire du basket-ball des USA.

L’Espagne a charmé le public de la Wukesong Arena de Pékin et la presse internationale pour avoir osé défier la toute puissante équipe américaine menée par les Kobe Bryant, Lebron James et consort.

Après avoir joué tout le tournoi olympique au style de jeu européen, l’Espagne a ravi les connaisseurs du basket en défiant la meilleure équipe du monde dans un match à terrain ouvert et au style de jeu américain.

Le coach espagnol, Aito Garcia Reneses, a prouvé qu’il n’avait pas dévoilé toutes ses cartes lors de la précédente rencontre en phases éliminatoires avec les USA où l’Espagne avait perdu de presque de 40 points dans un match où le résultat n’était pas important.
Lors de la finale, conscient du bon travail de scouting des techniciens américains, il a brouillé les cartes en optant pour un basket-ball moderne basé sur une rigoureuse défense à l’européenne et sur une attaque à l’américaine où les joueurs s’exprimaient en toute relative liberté.

Coté défense, conscient de leur supériorité physique, de leur rapidité et surtout vitesse d’explosivité, les américains ont compté durant tout le match sur leur solide et très agressive défense homme à homme (dépassant souvent les limites de la faute). Les joueurs espagnols, connaissant les rares points faibles de leur rival, ont opté pour des défenses essentiellement de zone, mais mixtes et mutantes, si chères au Coach Aito.

Coté attaque, on a assisté à une véritable lutte de talent. D’un côté les américains construisant leur attaque à travers leur solide défense et faisant démonstration de leur immenses qualités offensives. D’un autre côté les joueurs espagnols utilisant plusieurs leurres tactiques (« montrer une chose et en faire une autre », comme disait mon professeur Moncho Monsalve) tout en jouant avec simplicité et sans complexe, chacun faisant à perfection ce qu’il sait faire tout en se faisant plaisir dans le jeu selon les consignes de leur coach. En l’absence de leur meneur de jeu principal, Calderon, Coach Aito, a récupéré Navarro lors de la finale, qui jusqu’à présent avait fait un médiocre tournoi, en lui disant en fin psychologue : « Aujourd’hui c’est ton jour. Sors, fait toi plaisir, et fais ce que seul les artistes savent faire, unis-toi à Ricky et toréez-moi ces mastodontes américains ».

Il est vrai qu’il y a eu quelques défaillances défensives pour que l’on marque 225 points dans une finale (118-107) entre les deux équipes, pour que les USA encaissent plus de 100 points pour la première fois dans leur histoire et pour que les pourcentages insolents de réussites soient 60% pour les américains et 51% pour les espagnols. Mais pas autant que l’on puisse penser, car pour une fois et aussi rare que cela puisse arriver, l’attaque a été plus constante et surtout d’une performance extraordinaire durant tout le match.

Certes ce fut un grand match où les deux équipes ont joué avec énergie, volonté, fermeté intelligence et créativité. Mais ce fut surtout un match exceptionnel car tous les protagonistes étaient dans leur meilleur version, certain même en version Technicolor comme Dwayne Wade, Rudy Fernandez et Kobe Bryant dans les derniers moments décisifs du match.

La mention d’honneur revient sans aucun doute au jeune joueur espagnol Ricky Rubio : Il n’y a pas de logique qui puisse expliquer la personnalité d’un garçon de 17 ans face aux meilleurs joueurs du monde. Il n’est pas normal qu’un garçon de 17 ans ne se contente pas que du fait de participer au spectacle, mais de jouer les premiers rôle en imposant sa présence sur le terrain et en défiant sans aucune intimidation les ténors de la NBA. J’étais loin d’imaginer l’impressionnant parcours et la fulgurante amélioration de ce jeune joueur, certes talentueux mais encore timide, lorsque je l’ai vu jouer pour la première fois il y a 3 ans à Leon (Espagne) lors du Championnat d’Europe Cadets. Aujourd’hui à 17 ans et 3 mois, Ricky Rubio est Champion d’Espagne (ACB) et vice-champion olympique ! Je me demande combien de matchs il a dû jouer pour acquérir cette confiance et cette maturité malgré son jeune âge (j’espère que le message est passé).

Il n’est pas de mon habitude d’en parler, mais je crois que cette fois-ci il faut citer l’attitude incompréhensible des arbitres. Les jeux olympiques se jouent à ma connaissance avec les normes et règlements de la FIBA. Ces dernières n’ont pas été toujours respectés et les arbitres ont été à mon avis très flexibles et permissifs avec les joueurs américains. Ont été ignoré de nombreuses violations de Marché (plus de 13 durant la finale), plusieurs fautes de contacts désavantageant l’adversaire, le camping permanent de Dwight Howard dans la raquette, le fait d’être tout le temps debout dans le banc de touche et non assis ; autant de choses permises en NBA et non à la FIBA. Ce genre de choses font créer le doute dans plusieurs esprits… Où est-ce que les arbitres anticipaient déjà les changements de règlements votés à Pékin même et qui s’approchent de plus en plus à ceux de la NBA ?

C’est connu dans le sport, nos cœurs penchent toujours pour le plus faible. Mais il faut être juste et féliciter la sélection américaine qui a laisser derrière elle l’arrogance et l’esprit de supériorité des championnats antérieurs pour montrer une image plus proche du basket-ball européen. Ils n’ont pas jouer de manière individualiste, acceptant des rôles et des minutes de jeu difficile à assumer pour les vrais stars qu’ils sont. Il faut applaudir le travail du coach Mike Krzyzewski qui a su leur inculquer ce nouvel esprit.
Les USA ont dû ramener leurs meilleurs stars pour reconquérir la médaille d’or et reprendre le flambeau, mais il est évident que la distance entre le basket-ball NBA et européen, après ce tournoi, est beaucoup plus courte.

Si les jeux de Barcelone 1992 ont été ceux de la légendaire 1ère Dream Team, les jeux de Pékin 2008 auront été ceux de la meilleure finale olympique de l’histoire.
Nour AMRI